Une association peut-elle réaliser des bénéfices ?

Une association peut parfaitement réaliser des bénéfices via des activités commerciales ou lucratives.

Le terme " à but non lucratif " ne signifie pas qu'une association ne peut pas avoir une activité commerciale mais que ses membres (fondateurs, dirigeants et membres actifs) ne peuvent pas partager les bénéfices générés par cette activité.

Une association peut réaliser des activités commerciales ou lucratives

Le statut associatif n'interdit pas de facturer la vente de produits ou de prestations de services et donc de réaliser des bénéfices. Ce qu'interdit la loi 1901, c'est la distribution des bénéfices aux membres de l'association.

La réalisation d'une activité économique lucrative par une association a des conséquences variables, notamment en matière fiscale, selon que cette activité est accessoire ou non. En revanche, une activité économique non lucrative est toujours exonérée d'impôts commerciaux (article 261, 7 b du Code général des impôts).

Activité économique non lucrative

Une association à but non lucratif qui exerce une activité économique, de manière régulière ou occasionnelle, peut être exonérée d'impôts commerciaux si elle n'exerce pas son activité dans des conditions analogues à celles d'une entreprise commerciale.

Conditions à respecter :

  • l'association exerce une activité sociale ou ayant une utilité sociale, en assurant notamment la couverture de besoins non couverts ou insuffisamment pris en compte par le marché local. C'est pourquoi le financement des activités associatives est le plus généralement le produit des adhésions (cotisations), de dons ou de financements publics ;
  • l'activité de l'association entre directement dans le cadre de l'objet désintéressé ou contribue, par sa nature et non simplement financièrement, à la réalisation de cet objet ;
  • la gestion de l'association est désintéressée ;
  • la réalisation d'excédents de recettes n'est pas systématiquement recherchée ;
  • les excédents de recettes sont réinvestis dans l'association ;
  • l'association exerce une activité sociale ou ayant une utilité sociale, en assurant notamment la couverture de besoins non couverts ou insuffisamment pris en compte par le marché local.

Activité commerciale accessoire

Lorsque l'activité commerciale est accessoire et qu'elle génère des recettes inférieures à 63 059 €, l'association bénéficie d'une exonération de l'ensemble des impôts commerciaux, à la double condition que :

  • la gestion soit totalement désintéressée,
  • les activités non lucratives soient significativement prépondérantes. C'est le cas lorsque l'association organise des manifestations isolées à caractère commercial (bal annuel, spectacles vivants, vente de produits confectionnés par des tiers, vente de cartes de voeux, tombolas, ventes aux enchères, lotos...) ou exploite un bar-restaurant dans ses locaux où s'exercent des activités culturelles, de sport et de loisirs.

Au-delà des 63 059 € de recettes d'activités commerciales accessoires, l'association est soumise comme n'importe quel commerçant aux différents impôts commerciaux.

L'association peut parfaitement vendre des produits et des services similaires aux produits distribués, par ailleurs, par des commerçants, dès lors que cette activité commerciale est accessoire au projet d'utilité sociale qui doit rester principal.

Seules 6 manifestations isolées à caractère commerciale sont exonérées de fiscalité chaque année (mais pas, s'il y a lieu, de redevance SACEM).

Activité commerciale prépondérante

Lorsque l'activité commerciale est prépondérante, l'association doit :

  • indiquer dans ses statuts la nature de ses activités,
  • s'acquitter des impôts commerciaux (TVA, impôt sur les sociétés, cotisation foncière des entreprises).

A défaut de paiement des impôts commerciaux, l'activité peut être qualifiée de pratique para-commerciale et encourt ainsi diverses sanctions. Les critères de qualification sont décrits dans la circulaire du 12 août 1987 relative à la lutte contre les pratiques para-commerciales.

La circulaire présume le caractère para-commercial de l'activité lorsque l'association :

  • n'est pas assujettie à l'ensemble des obligations des commerçants (impôts commerciaux et cotisations sociales, notamment) ;
  • s'adresse de manière habituelle à des tiers, c'est-à-dire à des personnes extérieures à l'association ;
  • a pour but de réaliser un profit ou de rentabiliser la prestation offerte aux membres de l'association ;
  • concurrence directement des activités commerciales similaires, dès lors que le chiffre d'affaire réalisé avec les tiers n'est pas marginal.

Une association ne peut pas distribuer de bénéfices

Ce qui caractérise une association loi 1901, c'est qu'elle est créée en vue d'un but collectif poursuivi par ses membres, pour qui la " non-lucrativité " est fondamentale, à la différence des associés d'une société commerciale, qui exercent leurs activités à des fins lucratives dans le but de leur enrichissement personnel.

Une association ne peut donc pas distribuer des bénéfices, sauf dans le cas des associations loi 1908.

Définition de la distribution de bénéfices

La notion de distribution de bénéfices est très large. Elle vise tous les prélèvements effectués sur les ressources qui ne s'inscrivent pas dans la logique de l'objet social de l'association :

  • rémunérations,
  • distribution directe des résultats,
  • avantages injustifiés : rémunérations exagérées ou injustifiées, prise en charge de dépenses personnelles, prélèvements en nature, rémunération de comptes courants...

Mais il y a aussi distribution de bénéfices lorsque les excédents de l'association n'ont pas pour but la réalisation de l'objet social de l'association. C'est le cas lorsque :

  • une partie des bénéfices a été utilisée à des fins ne correspondant pas à l'objet social de l'association,
  • le bénéfice a servi à effectuer des avances à des associations ou à des entreprises, sans que ces avances ne présentent un intérêt quelconque pour l'association prêteuse,
  • l'essentiel du bénéfice est utilisé pour effectuer des travaux immobiliers ou des investissements financiers.

En revanche, n'est pas assimilé à une distribution de bénéfices le fait de mettre en réserve les excédents et de les placer en attente de leur utilisation ainsi que le remboursement des frais engagés par les dirigeants pour le compte de l'association.

Interdiction de la distribution de bénéfices

Contrairement à une société qui distribue une partie de ses bénéfices sous forme de dividendes à ses actionnaires, les bénéfices d'une association sont impartageables et restent dans la structure.

Cette non-redistribution des bénéfices est la traduction du principe de gestion désintéressée et prévaut toute la vie durant de l'association, même à sa mort : si l'association est dissoute, tous ses biens sont dévolus à une association dont l'objet est le plus proche du sien.

A la différence de l'association loi 1901, l'association loi 1908 peut avoir un but lucratif, c'est-à-dire partager les bénéfices réalisés entre ses membres, mais uniquement lors de sa dissolution.

Conséquences de la distribution de bénéfices

Toute association qui répartie les bénéfices qu'elle a réalisés entre ses membres, sous quelque forme que ce soit, s'expose à une requalification par les tribunaux en société créée de fait, civile ou commerciale selon la nature de son activité.

Cette condamnation entraîne des conséquences très importantes :

  • l'association perd sa personnalité morale car elle ne peut pas être transformée en société ;
  • les membres deviennent associés de fait et sont donc tenus personnellement à l'égard des tiers.

Une association peut constituer des réserves

Une association peut mettre en réserve une partie de ses bénéfices en vue de réaliser un ou plusieurs projets répondant à son objet social.

Couverture des besoins actuels

Le fonds de roulement de l'association, c'est-à-dire l'excédent de ses ressources durables (fonds associatifs de toute nature, report à nouveau excédentaire) sur ses emplois durables (immobilisations), doit être structurellement positif afin de lui éviter d'avoir à rechercher en permanence le remplacement d'un financement temporaire qui viendrait à échéance.

L'association doit assurer le financement de son besoin d'exploitation (besoin en fonds de roulement), qui provient de l'obligation de payer régulièrement la plupart de ses charges, alors que le rythme d'encaissement des produits n'est pas toujours identique, et même parfois aléatoire (subventions, dons).

Ces raisons expliquent pourquoi toute association doit disposer d'une trésorerie lui permettant :

  • d'attendre les encaissements à venir,
  • et/ou de supporter quelques exercices déficitaires, par exemple consécutifs à une diminution de ses subventions de fonctionnement ou à un accroissement ponctuel de ses charges.

Lorsque les fonds associatifs ne sont pas suffisants pour couvrir les besoins financiers de l'association (apports, legs, dons...), il faut constituer une couverture du financement par des résultats excédentaires successifs, générant la trésorerie nécessaire.

Les associations ont la particularité de disposer de ressources (apports, libéralités) parfois assorties d'un droit de reprise qui leur confère un caractère temporaire.

Couverture des besoins futurs

Toute croissance d'activité engendre des besoins supplémentaires en termes d'immobilisations (création de nouveaux investissements ou simples renouvellements) et d'exploitation (embauche, augmentation des achats et charges externes, frais financiers).

L'association peut aussi avoir comme projet associatif la réalisation d'une opération ou d'un investissement exceptionnel à venir. Les résultats excédentaires successifs sont alors affectés dans un compte de réserve spécifique, permettant de contrôler, au fil des exercices, le degré d'atteinte de l'autofinancement décidé pour l'opération future.

La couverture des besoins futurs requiert donc une anticipation de la constitution de réserves par le biais de résultats excédentaires.